Star Citizen: révolution ou pétard mouillé?

Publié le 3 Février 2016

 

Avec une levée de fonds record ayant généré une attente énorme mais aussi des attaques en règle, le jeu Star Citizen, qui veut renouveler le genre du simulateur spatial, défraie la chronique d'une industrie vidéoludique qu'il pourrait bien révolutionner.

Derrière ce projet on trouve le studio indépendant Cloud Imperium Games fondé par Chris Roberts, un ancien prodige de la programmation devenu producteur hollywoodien.

Cet américain de 47 ans, déjà à l'origine de la célèbre série des Wing Commander, à eu recours au financement participatif par le biais d'une campagne Kickstarter lancée en octobre 2012, avec un objectif de

500 000 $.

Mais trois ans après, ce sont 107 millions de dollars qui ont été versés par 1,2 million de souscripteurs dans le monde, et Star Citizen figure dans l'édition 2015 du Guinness des Records en tant que projet de sociofinancement ayant récolté le montant le plus élevé de l'histoire tous domaines confondus.

«Le niveau d'ambition du projet est fixé par la communauté de nos bailleurs de fonds, qui continue à soutenir le jeu, et les nouveaux membres, qui nous rejoignent tous les jours», souligne Chris Roberts.

Et pour bâtir le moindre détail de son univers, le démiurge a vu très grand. Le casting vocal comprend ainsi notamment les acteurs Gary Oldman, Mark Strong, Gillian Anderson, Andy Serkis, et Mark Hamill.

À chaque palier atteint dans le financement correspond la création de nouvelles fonctionnalités dont un jeu de tir à la première personne en solo baptisé Squadron 42, venu se greffer au mode multijoueur initial.

Piraterie, combats ou courses entre vaisseaux, activité minière sur les milliers de planètes à explorer, les possibilités ont largement dépassé les promesses des débuts.

«Tout ce qui est développé en plus fera partie du package final pour les souscripteurs initiaux», assure Chris Roberts.

Ce déluge d'ajouts a néanmoins eu pour effet de fortement retarder le lancement du jeu, toujours en phase de test.

«On l'attendait il y a deux ans déjà», souligne ainsi Arnaud Chaudron, fondateur du site Geekzone.fr, qui fait partie des premiers investisseurs.

Pis, alors que la date de sortie est désormais officiellement prévue fin 2016, certains rivaux de Chris Roberts laissent entendre que le jeu pourrait en définitive ne jamais voir le jour, mettant le feu aux poudres dans le secteur, malgré les démentis répétés du concepteur.

«Dans l'espace personne ne vous entendra voler 100 millions de dollars», plaisante d'ailleurs à moitié un cadre d'un studio de développement français.

«Arriver à vendre des vaisseaux spatiaux virtuels à 400 dollars l'unité pour un jeu qui n'est même pas fini, c'est du jamais vu», ajoute-il.

Car ce délai n'a pas empêché Chris Roberts de bâtir un système capitalistique pleinement opérationnel, à l'image d'une assurance pour récupérer son vaisseau intact en cas de crash, payable avec de l'argent qui n'a rien de virtuel.

 

 

 

 

«ATTENTES DÉMESURÉES»

 

«Il y a par exemple quelqu'un qui a dépensé plus de 30.000 euros, simplement parce que le jeu le fait rêver», confirme Arnaud Chaudron.

Pour lui, «le problème principal, c'est qu'avec l'explosion du budget, Chris Roberts a recruté à tour de bras», avec environ 250 développeurs répartis entre la Californie, le Texas, le Royaume-Uni et l'Allemagne.

«Vu les attentes démesurées l'entourant, je ne vois pas comment les acheteurs seront satisfaits à terme», prévoit-t-il alors que Star Citizenambitionne d'être le successeur du monument EVE Online, lancé en 2003 par le studio islandais CCP.

En fonction de l'accueil qui lui sera réservé, la réussite sans précédent de son recours au sociofinancement pourrait néanmoins avoir des conséquences majeures pour la production de jeux vidéo, qui a dépassé en chiffre d'affaires le cinéma.

«Ce type de financement a une double utilité puisqu'il permet à la fois de valider l'intérêt pour le jeu et de faire de la prévente un nouveau mode de commercialisation», explique Franck Sebag, associé chez Ernst and Young.

Un succès massif de Star Citizen offrirait donc un nouveau modèle économique susceptible de concurrencer des franchises mastodontes comme celles de Call of DutyAssassin's Creed ou Grand Theft Auto.

«Le financement participatif a toute sa place car les joueurs ont de plus en plus l'impression sur les grosses licences qu'on leur sert un produit baclé, auquel ils doivent en plus rajouter au pot avec les DLC (contenus téléchargeables) payants, et cela leur permettrait donc de reprendre un peu le contrôle», conclut le cadre du grand studio français.

Rédigé par Régis Baillargeon

Publié dans #Jeux vidéo

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